Votre auto-entreprise tourne bien — peut-être même trop bien. Le plafond de chiffre d’affaires approche, vos clients grands comptes commencent à regarder votre statut de travers, ou vous réalisez que vous payez des cotisations sur un CA qui ne reflète pas votre bénéfice réel. Ce sont les signaux classiques qu’il est temps d’évoluer. Passer de micro-entreprise à SASU est une décision structurante, mais la procédure est loin d’être insurmontable. Ce guide vous donne les 4 étapes concrètes à suivre, les coûts à prévoir et les erreurs à éviter pour basculer sereinement.
Sommaire
Quand est-il vraiment temps de passer en SASU ?
Avant de parler procédure, il faut se poser la bonne question : est-ce que ce changement est pertinent pour vous maintenant ? Voici les 5 signaux qui indiquent que le moment est venu.
Vous approchez des plafonds de chiffre d’affaires
La micro-entreprise impose des seuils de CA à ne pas dépasser deux années consécutives. En 2026, ces plafonds sont fixés à 203 100 € HT pour les activités de vente et d’hébergement, et 83 600 € HT pour les prestations de services et les professions libérales. Si vous dépassez ces seuils deux années de suite, vous êtes radiés automatiquement du régime micro et basculez au régime réel d’imposition — souvent dans des conditions moins favorables que si vous aviez anticipé.
Vos charges professionnelles sont significatives
La micro-entreprise vous impose sur votre chiffre d’affaires brut, sans que vous puissiez déduire vos dépenses réelles. Si vous avez des frais importants — matériel, logiciels, déplacements, sous-traitance, loyer de bureau — vous payez des cotisations sur des sommes qui ne constituent pas votre revenu réel. La SASU vous permet de déduire toutes vos charges professionnelles et de n’être imposé que sur le bénéfice net.
Vous voulez embaucher ou vous associer
La micro-entreprise ne vous interdit pas d’embaucher, mais le cadre est peu adapté à la croissance. Si vous envisagez de recruter un salarié ou d’ouvrir le capital à un associé à terme, la SASU est la structure de départ idéale : elle se transforme facilement en SAS dès l’arrivée d’un deuxième actionnaire.
Vos clients grands comptes vous le demandent (implicitement)
Certains donneurs d’ordre — grandes entreprises, administrations, agences — hésitent à travailler avec des micro-entrepreneurs, parfois par politique interne, parfois par crainte d’une requalification en contrat de travail. Présenter un Kbis de SASU change immédiatement la perception et facilite l’accès à ces marchés.
Le président de SASU est assimilé salarié. Il relève du régime général de la Sécurité sociale et bénéficie d’une couverture maladie, maternité et retraite comparable à celle d’un cadre — à condition de se verser une rémunération. En micro-entreprise, votre protection sociale est directement liée à votre chiffre d’affaires déclaré, et peut s’avérer très insuffisante en cas d’arrêt de travail prolongé.
⚠️ Point d’attention : malgré son statut d’assimilé salarié, le président de SASU ne cotise pas à l’assurance chômage auprès de France Travail. En cas de cessation d’activité, aucune allocation chômage n’est versée au titre de ce mandat.
Ce qu’on ne peut pas faire : la transformation directe n’existe pas
C’est l’erreur de compréhension la plus courante. On ne « transforme » pas une micro-entreprise en SASU. Il est impossible de conserver le même numéro SIRET ou de faire muter juridiquement l’une en l’autre. La raison est simple : la micro-entreprise est une entreprise individuelle sans personnalité morale, tandis que la SASU est une société — une personne morale distincte de son fondateur. Ce sont deux entités de nature fondamentalement différente.
Le passage se fait donc en deux temps parallèles : créer la SASU d’un côté, fermer la micro-entreprise de l’autre. La bonne nouvelle : ces deux opérations peuvent se dérouler presque simultanément, et il est même conseillé de laisser coexister les deux structures quelques semaines le temps que la SASU soit pleinement opérationnelle.
Les 4 étapes pour passer de micro-entreprise à SASU
Étape 1 — Préparer la transition
Avant de déposer le moindre dossier, une phase de préparation s’impose. Elle conditionne la fluidité de toute la suite.
Évaluez vos actifs. Qu’est-ce que votre micro-entreprise a constitué comme patrimoine professionnel ? Matériel informatique, contrats clients, site internet, droit au bail, propriété intellectuelle, trésorerie disponible… Ces éléments pourront être transférés à la SASU sous forme d’apports en nature ou de cession de fonds de commerce. Pour une évaluation précise, faites appel à un commissaire aux apports si les montants sont significatifs.
Planifiez votre calendrier. Le bon moment pour basculer est généralement le début d’un mois ou d’un trimestre, pour des raisons comptables et de TVA. Réfléchissez aussi à vos contrats en cours : certains contrats-cadres ou abonnements devront être re-signés au nom de la SASU. Anticipez l’information de vos clients et fournisseurs principaux.
Choisissez votre régime fiscal. Par défaut, la SASU est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Vous pouvez opter pour l’impôt sur le revenu (IR) pendant les 5 premières années — une option pertinente si vous anticipez des déficits importants au démarrage et souhaitez les imputer sur votre revenu global. Au-delà de 30 000 € de bénéfice annuel, l’IS redevient quasi systématiquement plus avantageux.
Étape 2 — Créer la SASU
La création de la SASU se déroule entièrement en ligne sur le Guichet unique de l’INPI (guichet-entreprises.fr) depuis janvier 2023. Comptez entre 7 et 15 jours ouvrés pour recevoir votre Kbis. Voici les sous-étapes dans l’ordre.
Rédiger les statuts. Les statuts sont l’acte fondateur de votre société. Ils doivent mentionner la dénomination sociale, l’objet social, l’adresse du siège, le montant du capital social, l’identité du président et les règles de fonctionnement. La SASU offre une grande liberté rédactionnelle : profitez-en pour anticiper une éventuelle transformation future en SAS (arrivée d’associés) et pour fixer vos règles de gouvernance. Confiez cette étape à un avocat ou un expert-comptable si vous n’êtes pas à l’aise avec les subtilités juridiques.
Déposer le capital social. Le capital minimum d’une SASU est d’un euro symbolique. En pratique, un montant plus conséquent est souvent préférable pour rassurer banques et partenaires. Le capital peut être constitué d’apports en numéraire (virement sur un compte bloqué ouvert spécifiquement à cet effet) ou en nature (équipements, fonds de commerce). Pour les apports en numéraire, seule la moitié doit être libérée à la création — l’autre moitié dans les 5 ans suivants.
Publier l’annonce légale. Cette formalité est obligatoire. Elle informe les tiers de la création de votre société. Le tarif est forfaitaire en 2026 : 142 € HT pour une SASU en métropole (167 € HT à La Réunion et Mayotte).
Déposer le dossier d’immatriculation. Tout se fait sur le Guichet unique. Joignez les statuts signés, l’attestation de dépôt de capital, la justification de l’annonce légale, une pièce d’identité du président et un justificatif de domicile du siège social. À l’issue de cette étape, vous recevez votre extrait Kbis — la carte d’identité officielle de votre SASU — ainsi que votre numéro SIRET et votre numéro de TVA intracommunautaire.
Budget à prévoir pour les seules formalités administratives :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Immatriculation au RCS | 35,59 € |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 20,34 € |
| Annonce légale (métropole) | ~142 € HT |
| Total frais incompressibles | ~200 € |
Si vous passez par une legaltech ou un expert-comptable pour la rédaction des statuts et le suivi du dossier, comptez entre 300 et 600 € supplémentaires.
Étape 3 — Transférer l’activité à la SASU
Une fois votre SASU immatriculée, il faut lui transférer formellement l’activité que vous exerciez en micro-entreprise. Deux méthodes principales existent selon la nature de ce que vous apportez.
L’apport en nature consiste à apporter à la SASU les éléments constitutifs de votre fonds de commerce (clientèle, matériel, logiciels, droit au bail…) en échange d’actions. La valeur de ces apports constitue alors tout ou partie de votre capital social. Si leur valeur dépasse 30 000 € et représente plus de la moitié du capital, l’intervention d’un commissaire aux apports est obligatoire.
La cession de fonds de commerce est une vente des actifs professionnels entre votre micro-entreprise (en tant que vendeur) et votre SASU (en tant qu’acheteur). Elle donne lieu à une taxation sur la plus-value éventuellement constatée, et à des droits d’enregistrement.
Dans la plupart des situations de micro-entrepreneurs — où le fonds se résume à la clientèle et quelques équipements — l’apport en nature est la solution la plus simple et la plus courante. Consultez un expert-comptable pour choisir la méthode adaptée à votre situation.
Une fois ce transfert formalisé, vous pouvez commencer à facturer en nom de la SASU. Mettez à jour immédiatement :
- Vos devis et factures (SIREN/SIRET de la SASU, siège social, capital social, régime de TVA)
- Vos CGV et contrats types
- Votre site internet et vos signatures email
- Vos clients et fournisseurs principaux (nouveau RIB, nouvelles coordonnées)
Étape 4 — Fermer la micro-entreprise
La fermeture de votre micro-entreprise s’effectue en déclarant la cessation d’activité sur le Guichet unique de l’INPI. Ce délai est de 45 jours maximum à compter de la date d’arrêt effective de l’activité.
Quelques points à gérer avant de clore définitivement :
- Déposez votre dernière déclaration de chiffre d’affaires à l’URSSAF (même si elle est à zéro)
- Réglez les éventuelles cotisations sociales encore dues
- Conservez vos justificatifs comptables pendant au moins 10 ans (contrôle fiscal possible sur les 3 dernières années)
- Résiliez les abonnements et contrats souscrits au nom de la micro-entreprise
💡 Conseil de timing : ne précipitez pas la fermeture de la micro-entreprise. Il est tout à fait possible — et conseillé — de laisser les deux structures coexister quelques semaines, le temps que la SASU soit opérationnelle (compte bancaire ouvert, premières factures émises, clients informés). Cela vous évite tout trou d’activité.
Les impacts concrets du changement de statut
En micro-entreprise, vous payez des cotisations proportionnelles à votre chiffre d’affaires, sans charges déductibles. En SASU, vous ne payez des charges sociales que sur votre rémunération de président, qui est librement fixée. Si vous ne vous versez aucun salaire, vous ne payez pas de charges — mais vous ne bénéficiez d’aucune couverture sociale. L’optimisation classique en SASU consiste à combiner une rémunération modérée (assujettie à charges) avec des dividendes (soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, sans charges sociales au-delà des prélèvements sociaux de 17,2 %).
Sur votre comptabilité
La micro-entreprise n’exige qu’un livre de recettes et un registre des achats. La SASU impose une comptabilité complète : bilan, compte de résultat, grand livre, tenue par un expert-comptable dans la grande majorité des cas. Comptez entre 1 500 et 3 500 € par an selon la complexité de votre activité.
Sur votre rapport à la TVA
Si vous étiez en franchise en base de TVA en micro-entreprise, votre SASU sera automatiquement soumise à la TVA dès sa création (sauf si votre CA prévisionnel reste sous les seuils de franchise). Cela signifie plus de gestion administrative — mais aussi la récupération de la TVA sur vos achats professionnels, ce qui peut représenter un avantage financier significatif si vous avez des investissements à faire.
FAQ — Passer de micro-entreprise à SASU
Peut-on cumuler micro-entreprise et SASU pour la même activité ? Non. Il est impossible d’exercer la même activité sous deux statuts différents simultanément. En revanche, vous pouvez techniquement maintenir votre micro-entreprise ouverte pendant la création de la SASU, à condition de ne pas facturer sous les deux entités pour la même activité. Dès que la SASU est opérationnelle, la micro-entreprise doit être fermée ou son activité suspendue.
Combien de temps dure la procédure en tout ? La création de la SASU prend entre 7 et 15 jours ouvrés une fois le dossier complet déposé sur le Guichet unique. En comptant la phase de préparation (rédaction des statuts, dépôt du capital) et les formalités de fermeture de la micro-entreprise, il faut généralement prévoir 4 à 8 semaines pour une transition complète.
Faut-il obligatoirement un expert-comptable ? Légalement, non. Vous pouvez créer une SASU seul et gérer votre comptabilité vous-même. En pratique, la complexité comptable d’une SASU (bilan annuel, liasses fiscales, gestion de la paie si vous vous versez un salaire) rend l’accompagnement d’un expert-comptable fortement recommandé, surtout les premières années.
L’ACRE est-elle accessible lors du passage en SASU ? Non, dans la grande majorité des cas. Le passage de micro-entreprise à SASU ne constitue pas une « création d’entreprise » au sens de l’ACRE — vous continuez la même activité sous une forme différente. L’ACRE est réservée aux véritables créations ou reprises d’activité, et vous ne pouvez de toute façon pas en bénéficier si vous avez déjà utilisé le dispositif au cours des 3 dernières années.
Que se passe-t-il avec mes contrats clients en cours ? Les contrats signés au nom de votre micro-entreprise (qui est une entreprise individuelle, donc vous en tant que personne physique) ne sont pas automatiquement transférés à la SASU. Vous devez en principe re-signer les contrats importants au nom de la société. Pour les missions courtes ou les devis ponctuels, une information simple de vos clients suffit généralement.
Conclusion
Passer de micro-entreprise à SASU, c’est avant tout une décision stratégique avant d’être une procédure administrative. Le bon moment, c’est quand votre activité a prouvé qu’elle en valait la peine — et pas avant, car le surcoût en gestion et en comptabilité est réel. Une fois la décision prise, la procédure tient en quatre temps : préparer, créer la SASU, transférer l’activité, fermer la micro-entreprise. Le tout pour environ 200 € de frais incompressibles, un Kbis en 1 à 2 semaines, et une structure prête à vous accompagner bien au-delà des plafonds de l’auto-entreprise.
Si vous hésitez encore entre SASU et EURL, consultez notre comparatif EURL ou SASU avec simulation de coûts sur 3 ans. Et pour anticiper votre future rémunération de président, notre guide sur comment se verser un salaire optimal en SASU vous donnera les clés d’optimisation dès la première année.
Sources : Guichet unique des formalités d’entreprises — INPI · Service-public.fr — Créer une société par actions simplifiée unipersonnelle · URSSAF — Régime social du président de SASU
Jean Arnaud
Freelance expérimenté et rédacteur chez Expert Télétravail, Jean accompagne les professionnels dans leur transition vers le travail à distance. Fort de plusieurs années d'expérience en freelancing, il partage ses conseils pratiques pour optimiser productivité et équilibre vie pro/perso.

